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TEMPéRER LE LOGEMENT : VENTILATION

Le pare-feuilles, solution bioclimatique oubliée ?

Le climat de Marseille est baigné de douceur. L’air marin et les brises côtières y tempèrent le thermomètre, il fait à peine plus frais la nuit que le jour.

À Apt, les températures peuvent parcourir seize degrés entre quatre heures du matin et quatre heures du soir.

De ce point de vue, il s’agit de deux climats méditerranéens distincts. Mais alors, pourquoi les pare-feuilles répondent-ils à ces deux besoins différents ?

 
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Le climat marseillais est caractérisé par de faibles amplitudes thermiques. Les habitants du premier siècle s’y protégeaient de la chaleur. Le charbon dans le sol des habitats pauvres se comportait comme un piège à humidité. Lorsque les températures étaient élevées, l’eau s’évaporait doucement, à l’ombre de la hutte. Ce qui créait une nappe d’air frais au ras du sol.
Dans les belles demeures, le principe était le même : les pare-feuilles captaient l’humidité, lorsque la chaleur apparaîssait, elle s’évaporait. La fraîcheur tombait donc lentement du plafond. L’air de la pièce devenait plus doux. Le fait d’utiliser deux couches de pare-feuilles superposées s’avéra encore plus efficace. D’une part, la couche supérieure protégeait l’inférieure de la chaleur des combles. D’autre part, la masse thermique créée par cette double épaisseur permettait, de chauffer davantage la maisonnée la nuit et de mieux la refroidir le jour.
Vers Apt, les différences de températures entre le jour et la nuit sont beaucoup plus importantes. On a cherché à se protéger de la chaleur mais surtout de l’amplitude thermique. On y a uni les deux couches de pare-feuilles par un mortier grossier. Comme dans les bories, la masse thermique permettait de conserver une température stable dans la demeure, toute la journée. Ces lourds plafonds de terre cuite furent maçonnés à des murs épais, construits en pierres. Les pare-feuilles ajoutaient donc leur masse thermique à celle des murs. La chaux assurait l’échange thermique et hydrique entre toutes ces parties.
Le pare-feuille s’est avéré être une invention déterminante. En bord de mer parce qu’il apportait de la fraîcheur à l’intérieur des maisons. Dans la région des bories parce qu’il contribuait, par sa masse, au déphasage thermique.
Les pare-feuilles existent toujours. On les utilise en général dans un but décoratif. Peu nombreux sont les architectes qui utilisent leur vertu thermique. Les fabricants, eux-mêmes, en ont oublié l’utilisation première et les font de plus en plus fins. Quant aux artisans charpentiers qui savaient les installer… leur savoir a disparu lors de la première guerre mondiale.
Une technique que nos aïeux avaient conservée pendant 18 siècles n’est pratiquement plus utilisée. Son coût est relativement faible, son efficacité reste remarquable.
C’est là l’un des exemples d’application d’une solution qu’avaient privilégiée nos anciens. Nous pourrions parfaitement l’utiliser aujourd’hui. Elle permet de grandes pièces, la climatisation devient superflue en été, l’air chaud est conservé à l’intérieur, en hiver. Nos décorateurs actuels la jugent très esthétique. Cette technique, qui ne pollue pas, est particulièrement durable.
Les pare-feuilles sont exclusivement minéraux. Ils sont fixés au plâtre. Ils constituent un excellent rempart contre le feu. Leur principal défaut est de ne pas constituer de bons isolants phoniques. Si besoin était, il faudrait ajouter une couche d’un isolant contenant beaucoup d’air ou de bois (laine de bois, laine de cellulose, liège …) au-dessus d’eux.
Il ne faut pas confondre un pare-feuille d’avant guerre, épais d’un pouce et ayant subi une cuisson légère mais longue et l’ersatz de pare-feuille composé d’une couche de terre fine (un demi-pouce), cuit rapidement à très haute température. L’ancien dispose d’un pouvoir de captage de l’humidité très supérieur au second.

 

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