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L'ADAPTATION BIOCLIMATIQUE AU MICROCLIMAT

C’était une petite maison au haut d’une colline du Luberon. Logée dans la verdure des chênes verts, elle semblait ancienne. Des murs, on ne voyait que la roche. Entre beiges et gris, sa teinte changeait avec l’heure du soleil. Les ombres portées par les pierres des façades leur conféraient une teinte plus ou moins sombre. Vue de loin, l’habitation se confondait avec le rocher qui la portait. Construite avec les matériaux qui l’entouraient, elle était comme camouflée. Mimétique, elle appartenait au paysage. Seuls les volets, d’un bleu soutenu, signalaient la maison. Ils paraîssaient suspendus dans la colline. Quelques tâches de couleur indiquaient, au loin, que l’endroit était habité. L’œil attiré par ces rectangles, on commençait à discerner les volumes. Entre les tâches d’ombre projetées par les chênes verts et les micocouliers, on pouvait deviner quelques traits rectilignes. Les bords des murs, le départ du toit dessinaient une maison trapue.

 
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Plus bas, dans la pente du vallon, il y avait une autre habitation de même facture. On avait dû utiliser les mêmes pots pour peindre le bleu des volets. Les pierres venaient aussi du rocher sur lequel elle était construite. La terre sous le préau ne différait pas de celle qu’on voyait sous les oliviers voisins. Autour s’étiraient des champs en terrasse. Cette maison-ci était bien visible. Elle avait deux étages au-dessus de son rez-de-chaussée, cela lui donnait un air de petite tour. En haut des murs, une large génoise de trois tuiles soulignait le bord du toit d’un grand trait d’ombre. Du côté du midi, une vigne vierge épaisse couvrait presqu’entièrement la façade. Le côté Nord était presqu’aveugle. Deux toutes petites fenêtres y étaient encastrées, même pas symétriques. Elles dévoilaient l’épaisseur du mur. Elles étaient enfoncées au moins de quatre-vingt centimètres. C’est peut-être ce qui révélait le plus l’âge de la bâtisse.
À moins de cent mètres de distance, une construction était trapue, l’autre toute en hauteur. Pourquoi les anciens avaient-ils conféré deux silhouettes si distinctes à deux maisons si proches construites à la même époque ?
Toutes deux reposaient sur de lourds murs de près d’un mètre d’épaisseur. Entre les pierres empilées, il y avait un peu de terre. Aucun mélange particulier, il s’agissait tout simplement de celle ramassée à côté du chantier. Elle permettait d’éviter que l’air ne se glisse à travers le mur. Elle figeait les cailloux qui calaient les pierres. Elle contribuait à répartir les masses. Ces énormes empilements de pierres et de terre avaient une très grande masse thermique. Le soleil pouvait chauffer la façade tant qu’il le voulait. Le temps que la chaleur de midi traverse un mètre de ce mélange minéral, il était près de minuit.
Le travail avait été fait à la main. Pendant des siècles, on avait ramassé chaque pierre qui affleurait, dans chaque champ. On les avait soigneusement mises de côté. Des centaines de mètres de murs de pierres empilées longeaient les champs. Ils étaient hauts comme un homme et parfois mesuraient plus d’un mètre d’épaisseur. Ils servaient de réserve de matière première. Une terrasse à construire ? Une maison à édifier ? On puisait dans le pierrier le plus proche.
Les deux maisons utilisaient donc le même système thermique : le déphasage. La température extérieure était transmise jusqu’à l’intérieur du mur en une douzaine d’heures. Lorsque, dehors, on en était aux heures chaudes du jour, les murs distillaient la fraîcheur de la nuit à l’intérieur de la maison. Il peut faire froid, dans le Luberon; certaines nuits, le thermomètre descend sous -10°C. Il faut donc que les grandes façades puissent capter un maximum de chaleur, c’est ce qu’elles font. Sans même d’enduit qui les protègerait, les pierres reçoivent tous les rayons du soleil bas d’hiver. Par contre, les avancées du toit et la vigne vierge permettaient de garder les murs à l’ombre durant toutes les heures chaudes de l’été.
A priori, la maison en forme de tour était donc la mieux adaptée au climat. Des deux, elle offrait la plus grande surface de façade au soleil d’hiver et la plus petite surface de toit aux rayons brûlants de juillet. Une casquette de tuiles ombrait chaque fenêtre.
Pourquoi avoir construit une maison trapue ?
Le haut de la colline n’était pas protégé du vent. Il pouvait souffler fort au-dessus de la végétation. Les anciens avaient donc opté pour des murs bas. Le toit dépassait à peine la cime des arbres. La façade Nord restait protégée du mistral par les chênes verts. Ses deux rangées de génoise, courtes, offraient peu de prise. Elles risquaient donc moins d’être arrachées. Moins de débord donc moins d’ombre portée suffisait pour protéger des murs moins hauts.
Pour le même volume, la maison trapue présentait la plus grande surface de toit à la chaleur du soleil d’été. Les constructeurs avaient particulièrement soigné l’isolation thermique des combles. Au-dessus des poutres épaisses, deux couches de pare-feuilles, entrecroisées, étaient liées par un béton de chaux grossier. Le froid des nuits d’hiver pouvait être amplifié par le mistral. La chaleur des rayons du soleil d’été pouvait s’accumuler sous les tuiles. La masse thermique, au plancher des combles permettait, là encore, de différer l’impact thermique d’une dizaine d’heures. Les chambres étant à l’étage, on souhaitait dormir au chaud en hiver mais certainement pas en été. Alors, les anciens avaient fait percer des ouvertures dans les combles : deux sur la façade Ouest et deux autres, en vis-à-vis, sur la façade Est. Dès novembre, on les fermait. En mars, on les ouvrait. Donc, lorsque le soleil tapait fort sur le toit, un léger courant d’air balayait les combles de la chaleur qui s’y serait accumulée. Les pare-feuilles laissaient s’évaporer l’humidité qu’ils avaient captée. Ils restaient frais le jour, l’atmosphère des chambres aussi. En hiver, les rayons solaires chauffaient un volume clos. L’irradiation nocturne refroidissait peu ces surfaces en pente. Dans les combles, les températures étaient beaucoup plus douces qu’à l’extérieur.
Moralité : Les anciens adaptaient leurs constructions au climat local, au microclimat !

 

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