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CHANGEMENT CLIMATIQUE EN PROVENCE

En France, les transactions immobilières font apparaître une tendance générale : les maisons changent de propriétaire environ tous les dix ans. La valorisation patrimoniale de l’efficacité thermique de la construction d’un bâtiment édifié en 2010 se fera donc vers 2020 et à nouveau en 2030. Selon les climatologues du GIEC, nous serons alors en plein dans un climat mondial réchauffé dont les à-coups se traduiront par une météo plus violente. Les nuages, les vents ou les courants verront leur activité modifiée déterminant des changements climatiques différents selon les régions. En Provence, on nous prédit des étés plus chauds avec des épisodes torrides. Les hivers risquent d’être plus froids mais on nous les prédit moins longs. Le mistral constituera le principal problème : il devrait souffler de plus en plus fort, le long du Rhône. La Camargue se raccourcira à un rythme un peu plus élevé. Les cigales continueront à chanter dès l’apparition des beaux jours. Quant aux températures moyennes, elles monteront. La grande variation par rapport à aujourd’hui concerne surtout les nuits d’été qui devraient être plus chaudes d’un bon degré. En d’autres termes : des hivers moins longs et des périodes caniculaires plus fréquentes. Les glaciers alpins vont continuer à fondre à toute vitesse. Ils alimentent la Durance et le canal de Provence, c'est-à-dire 80% de l’eau que nous consommons. Les futurs propriétaires avertis exposeront ces prévisions du GIEC à leurs architectes. Il faudra leur proposer des solutions les moins onéreuses possibles pour rafraîchir leurs futures maisons et ils n’envisageront plus d’arroser leur jardin avec l’eau du robinet.

Selon Michel Villeneuve, climatologue au CNRS : « Le climat provençal sera celui de l'actuelle Andalousie. »

Ce qui complique encore un peu le travail des architectes provençaux.

 

Construire pour un climat futur différent

Tenons pour acquis qu’on ne construira plus de ces pavillons, maquillés en maisons provençales, dans lesquels il fait si chaud en été et si froid en hiver. Le donneur d’ordre demandera à vivre dans un intérieur thermiquement confortable. Il regimbera devant les surcoûts considérables imposés par les nouvelles règlementations. Devenir propriétaire représente un effort financier considérable dans une vie. On voudra s’assurer que sa maison prendra de la valeur. Il faudra donc que ses atouts restent compétitifs dix voire vingt années plus tard, quand il revendra son bien. Alors, le climat sera plus chaud et tous les logements neufs devraient consommer moins d’énergie qu’ils n’en produisent.

L’architecture est l’un des arts majeurs. Il dépend du ministère de la culture, pas de celui de l’industrie. On lui demande tout à coup des conceptions qui prennent en compte le climat, les ponts thermiques ou l’imperméabilité à l’air des murs. Les techniques bougent, de nouveaux produits apparaissent chaque jour, le climat change et il faudra contrôler la qualité de la mise en œuvre. Les architectes n’ont pas été formés en ce sens : imaginer une maison, en plein changement climatique, qui soit agréable à vivre aujourd’hui mais aussi dans dix voire vingt ans. Les meilleurs sauront utiliser des techniques réversibles qui permettront, structurellement, de générer du froid ou du chaud « ad voluntam ». Les solutions bioclimatiques pourraient leur être d’un grand secours.

La fin de la surabondance des énergies fossiles et la prise en compte du changement climatique dessinent déjà deux révolutions dans la construction de nos habitats. En France, les architectes savent que, en 2050, toutes les maisons seront tenues de dégager plus d’énergie qu’elles n’en consomment. Le niveau de précision exigible aux artisans du bâtiment devra passer de cinq centimètres à moins d’un millimètre.

La direction prise par la règlementation thermique semble irréversible.

 

Les habitudes constructives vont nous jouer des tours

Certains préfèreraient que rien ne change.

Les lobbies industriels n’ont aucun intérêt à ce que nous consommions des isolants qu’ils ne produisent pas encore. Leurs usines représentent des investissements considérables. Celles qui produisent de la laine de verre voient d’un très mauvais œil l’éventuelle démonstration selon laquelle la ouate de cellulose serait mieux adaptée au confort thermique en Provence.

Les grandes compagnies de l’énergie voudraient que nous continuions à utiliser largement (et à payer) pétrole, gaz et électricité. Les distributeurs d’eau défendent leur chapelle avec la même opiniatreté.

Les services techniques des mairies ne savent pas que les génoises servaient à assécher les épais murs de chaux. Ils ne comprennent pas qu’elles n’ont qu’un intérêt décoratif pour des murs en ciment ou des zones au sol poreux. Viollet-Le-Duc, visitant Vaison-la-Romaine et l’Isle-sur-la-Sorgue, avait remarqué que ce détail architectural était typiquement provençal, parce qu’on ne le trouvait nulle part ailleurs en France. Nos administratifs en ont fait une contrainte. Ce faisant, ils imposent un immense pont thermique linéique à des maisons en parpaings qui n’en ont nullement besoin.

La plupart des maçons qui posent des briques monomurs les assimilent à des parpaings de béton du fait de leur usage ou à des briques parce qu’elles sont en terre cuite. Ils ne travaillent pas avec un crayon à l’oreille ni une scie diamantée à portée de main. Les raccords se font à l’œil, leur degré de précision est supérieur au centimètre. Or, deux briques non jointes de quelques millimètres engendrent une fuite thermique qui annule l’efficacité de mètres carrés d’isolant. Ils se contentent d’un fil à plomb alors qu’il leur faudrait utiliser des niveaux laser. Ils n’envisagent pas de changer leur mode opératoire. Leurs clients n’accepteraient pas les tarifs qu’imposeront les besoins d’étanchéité à l’air des bâtiments. Pourtant, la qualité de leur travail sera aisément contrôlable : il suffira de mettre le bâtiment en surpression pour pouvoir mesurer les fuites d’air.

Le marchand de meubles en bois aggloméré sait que les colles utilisées dégagent durant des années un poison pour l’homme : le formaldéhyde. Tant que les maisons s’aéraient toutes seules, cela ne posait guère de problème. Maintenant que l’état cherche à imposer des maisons thermos qui évacuent mal les polluants, les industriels du meuble commencent à se sentir très concernés.

Les habitudes ont la vie dure.

Malgré ceux qui ont tout intérêt à freiner le mouvement, c’est bien une révolution culturelle qui se profile dans le monde du bâtiment. Au lieu du respect d’une obligation de moyens et de compétences, l’ensemble du secteur est en train de basculer dans une logique de recherche de performance. Les légistes évoquent déjà une obligation de résultat.

Au lieu de la vitesse d’exécution, certains commencent à privilégier la qualité de la mise en œuvre. La crise financière et les règlementations obsolètes encore en vigueur freinent le mouvement.

 

La RT 2020 et l'incrédulité

Le premier réflexe que déclenche l’idée de l’abaissement drastique de la consommation des bâtiments est l’incrédulité. Le nombre de paramètres à faire évoluer est tellement important, les logiques constructives sont si différentes que l’on se dit : « attendons : ils n’y arriveront jamais ! ». Pourtant les sociétés civilisées savent la puissance des états et de leurs règlements. Il suffit de prendre conscience que, en France, il y a plus de deux milliards de m² de logements privés. Ce multiplicateur est énorme. Si l’état arrivait à imposer une diminution de la consommation d’énergie dans le bâtiment de 100 KW h/m², il en résulterait une économie récurrente de deux cents milliards d’Euros par an. Or, les gouvernements se sont surendettés pour lutter contre la crise financière. La logique budgétaire peut bien avancer masquée derrière celle du développement durable : dans tous les cas, elle imposera ces baisses de consommation. Si un mouvement populaire local venait à faire douter le politique, la Commission Européenne lui rappellerait que les États ont approuvé sa directive 2002/91/CE : en 2020, chaque maison devra produire plus d’énergie qu’elle n’en consomme pour le chauffage, l’éclairage, l’eau chaude, la ventilation et la climatisation.

 

Après l'incitation à consommer moins, la coercition ?

L’imagination de l’homme est infinie. Bien malin qui saurait, aujourd’hui, définir en quelques mots les maisons que dessineront nos architectes dans un futur pas si lointain. Leur métier est d’utilité publique, ils en apporteront la preuve.

Nous connaissons la première étape : fin 2012, hors la cuisine, elles devront consommer moins de 50 KWh ep / m² /an, et produire au moins autant d’énergie. Ce chiffre est très faible. Les lettres « ep » signifient « Energie Primaire ».On a besoin de 50 KWh ep pour produire 19 KWh d’électricité, un facteur correctif s’y ajoute, qui ramène la consommation autorisée d’électricité à 18 KW /h / m², en Provence. C’est statistiquement moins que la consommation aujourd’hui destinée à la seule eau chaude ! Etant donné que l’équation semble impossible à solutionner en si peu de temps, l’administration nous engage à faire preuve d’innovation. Accessoirement, elle accorde quelques avantages fiscaux et des prêts à taux zéro pour nous faciliter la tâche durant une période incitative. Puis viendra une phase coercitive, n’en doutons pas.

 

Maison passive et bioclimatisme

Notre expérience de maisons thermiquement efficaces nous vient des régions froides. PassivHaus a édité une nouvelle norme destinée aux régions méditerranéennes. Elle reprend quelques règles incontournables. Les prochaines constructions développeront le volume intérieur le plus grand possible pour la surface extérieure la plus faible possible. Leur étanchéité à l’air sera la plus parfaite possible, ce qui impose une qualité d’assemblage remarquable. Enfin et surtout : il s’agit de tirer le meilleur parti possible des apports naturels d’énergie. Ils sont gratuits et éternels. C’est, précisément, ce que faisaient nos anciens.

Le climat qui nous attend d’ici une quinzaine d’années pourrait ressembler à celui que connaissaient les berbères d'Al Andaluz, ils utilisaient des murs capteurs et des patios. Les Grecs construisaient des déflecteurs qui protégeaient chaque embrasure. Les Romains emmagasinaient l’air froid de la nuit. Les Mycéniens utilisaient des dalles lourdes. Tous créaient des zones tempérées dans leurs habitats où ils puisaient un air doux quelle que fut la saison.

Les Provençaux déphasaient la chaleur et le froid, exactement de douze heures. La vigne vierge couvrait tous les murs Sud. Il y avait des calades partout. On se protégeait du mistral. Comme dans toute la Méditerranée, on refroidissait en utilisant l’évaporation de l’humidité, à l’ombre. Plus les hivers étaient frais, plus les façades se teignaient de rouge. Les procédés qui rendaient leurs demeures agréables à vivre fonctionnaient sans énergie fossile puisqu’ils n’en disposaient pas.

La qualité des joints et des colles actuelles nous permettent une étanchéité que nos anciens ne pouvaient atteindre. Le verre plat, matériau extraordinaire, permet de piéger la chaleur. Nos isolants d’aujourd’hui atteignent des efficacités remarquables.

Nos maisons de demain emploieront, au moins, toutes ces solutions.

 

La révolution des bâtiments à énergie positive

Dans les années 1970, l’industrie connut une révolution. Sous la pression de la concurrence internationale, les ateliers mirent en place des contrôles selon des procédures strictes. Ceux qui continuèrent à produire vite mais avec une qualité faible disparurent, ceux qui se tournèrent vers l’expertise et la précision gagnèrent des parts de marché. L’industrie du bâtiment fut protégée par son implantation locale. Poser des panneaux isolants fait appel à des métiers traditionnels, c’est l’exigence de précision qui imposera le même type de révolution : maîtrise des technologies, organisation efficiente et précision rigoureuse dans la mise en œuvre.

Pour concevoir un bâtiment, on fera appel aux logiciels de calcul. Ils permettront de simuler l’efficacité thermique de chaque paroi, matériaux, appareil ou machine. Le client attendra que ces simulations théoriques se retrouvent dans la performance effective de leur maison. Il aura payé un surcoût de dix, quinze voire vingt pour cent pour atteindre la consommation cible de 18 KW/h/m². Il n’acceptera pas qu’un artisan peu consciencieux mette à mal l’efficacité de l’isolation de sa maison, il exigera un résultat conforme aux exigences de son architecte.

Le maître d’ouvrage risque, dans un horizon proche, d’être légalement tenu pour responsable de l’étanchéité à l’air et de la précision de la mise en place des isolants. Ces deux critères seront aisément contrôlables par des organismes certificateurs. Il est vraisemblable que ces mesures deviendront obligatoires lors des transactions immobilières à compter de 2020.

En 2020, une maison devra produire plus d’énergie qu’elle n’en consomme ! Ne nous leurrons pas : l’exigence sera complexe à mettre en œuvre. Ce bâtiment sera livré avec un mode d’emploi et les contrats d’entretien des machines seront nécessaires. On passera d’une enveloppe étanche et protectrice à un habitat hautement performant. On aura payé cher pour économiser énormément sur la consommation énergétique mais on dépensera un peu plus en réparations ou en changements de filtres. Par contre, on vivra dans un niveau de confort tout à fait différent. Tous les recoins des pièces seront à la même température, on connaîtra une température à peu près constante, toute l’année, dans des maisons douillettes. Notre qualité de vie en sera nettement améliorée.

Après guerre, il y avait tant de personnes mal logées qu’il fallait construire le plus possible. La priorité avait donc été donnée à la vitesse d’exécution au détriment de la qualité. La problématique n’est plus la même. Le pétrole coûte déjà trop cher. Notre civilisation est capable de qualité, nos maisons seront édifiées avec précision. Celles du troisième millénaire ne ressembleront pas aux pavillons (trop souvent mal faits) de la fin du vingtième siècle. C’est un bien.

Nous avançons dans le troisième millénaire du bon pied. Personne ne prétend que ce sera facile. Nous voyons bien que les difficultés de manquent pas. Mais qui, en 1970, aurait imaginé que nous saurions construire des maisons BBC ? Et qu’elles s’avèreraient particulièrement confortables ?

 

Le mouvement vers la basse consommation

Mr Claude Birreaux, Président de l’Office Parlementaire des Choix Scientifiques et Technologiques, Assemblée Nationale, le 3 décembre 2009 : « le mouvement vers la basse consommation a pris la dimension d’une véritable révolution culturelle à trois égards : d’abord, la nécessité de faire une place bien plus importante aux travaux initiaux de conception ; ensuite, le besoin d’amener les professionnels du bâtiment à intégrer la démarche, désormais courante dans le monde industriel, du zéro défaut ; enfin, le basculement de l’ensemble du secteur dans une logique de recherche de la performance et non plus seulement de respect d’une obligation de moyens. »

 

La recherche dans l'Histoire des solutions thermiques bioclimatiques

La recherche, dans l’Histoire, des solutions thermiques bioclimatiques que nos anciens avaient développées pour s’adapter au climat de Provence apporte des solutions, passives, pour les habitats de demain. Il reste à faire le même travail pour d’autres régions.

 

ContrĂ´le de la mise en oeuvre

Le test du blow door est relativement simple : des spécialistes colmatent toutes les ouvertures du bâtiment destinées à la ventilation. À la place de la porte, ils placent une fermeture dotée d’un puissant ventilateur. On démarre celui-ci et on le laisse tourner jusqu’à ce que la pression dans la maison se stabilise à 4 Pascal (quatre fois la pression théorique de l’air). Puis, on arrête le ventilateur. Il suffit de mesurer avec le chronomètre d’un ordinateur : le temps nécessaire à ce que l’atmosphère de l’intérieur de la maison redescende à 1 Pascal détermine précisément l’étanchéité à l’air du bâtiment.

Le contrôle de la pose de l’isolant est théoriquement tout aussi simple : on surchauffera l’intérieur du bâtiment, on notera les températures intérieure et extérieure. Il suffira, ensuite, de mesurer la vitesse de décroissance de la température intérieure pour évaluer la qualité de l’isolation. Une caméra thermique permet de voir les déplacements de chaleur à travers un mur, donc de déceler si un panneau isolant a été mal mis.

Il est vraisemblable que ces tests seront obligatoires pour toutes les constructions de maisons neuves en 2020. Ils contrôleront la qualité de la mise en œuvre par les ouvriers du bâtiment.

Un particulier qui, dans dix ans, achèterait une maison thermiquement efficace pourrait utiliser de tels procédés de contrôle. Il s’avère qu’ils sont très peu onéreux au regard de la consommation d’un bâtiment sur dix ans ou (encore moins) en comparaison avec la valeur de l’investissement. Or, la maison qui sera vendue dans dix ans est construite aujourd’hui.

 

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