#

AMPLIFIER LES IMPACTS : VENT

La carte des vents en France isole deux régions. Ce sont deux triangles dans lesquels Eole soufflerait en moyenne à plus de 27 km/h (7,5 m/s). A lire les fichiers météo, le vent y est beaucoup plus puissant : il dépasse régulièrement les 90 km/h.

Claude Nougaro parlait de « vent de diable et vent d’ange ». Par sa force et sa fréquence, il a conditionné l’architecture et l’environnement du Languedoc. La vallée du Rhône, « itou », marie le vent et le soleil.

Avec le Sud de l’Ibérie, c’est dans ces deux régions que le vent souffle avec le plus de puissance, dans toute l’Europe.

 

Devant une telle puissance, le bon sens nous a enseigné à pratiquer l’évitement plutôt que la confrontation.

Dans ces deux régions, les toits de tuiles canal offrent le moins possible de prise au vent : ils sont presque plats : 18% (soit 30°). Les fenêtres sur les faces orientées au vent sont étroites.

Une région en particulier subit plus le Mistral que les autres : la Camargue. Les arbres y sont rares. Les maisons ont donc été édifiées pour s’en protéger.

 

La face de la maison orientée au Nord est ronde, les murs Est et Ouest suivent exactement l’orientation du vent, la faîtière maçonnée n’offre pas de prise. Le Mistral peut souffler en rafales, il glisse sur les maisons de Camargue.

En deux points singuliers, le vent fragilise le toit. Lorsque le Mistral rencontre l’arrondi incliné du Nord de la maison, il s’accélère légèrement (effet Venturi). La masse d’air comprimée par l’obstacle se sépare en filets qui longent les faces Est et Ouest mais aussi le long du toit (à l’horizontale) et la pente Nord du toit.

Lorsque le filet qui est monté en s’appuyant sur la pente Nord du toit a dépassé le bord supérieur du toit, il crée une dépression donc des remous qui ont tendance à arracher la pointe supérieure du toit. C’est pourquoi nos anciens y plaçaient une croix inclinée. Le filet d’air au contact avec la pente du toit  va rencontrer la barre horizontale de la croix. Il va se séparer à nouveau : un filet au-dessus de la croix et un autre en dessous. Celui du dessous va remplir la zone de basse pression  de ses remous. Celui du dessus n’a plus tendance à arracher le toit puisqu’il n’y a plus de zone de basse pression à cet endroit. L’effet de succion sur la pointe Nord du toit est pratiquement divisé par deux.

 

Là où le toit se termine, contre la façade Sud, il faut absolument maçonner. Faute de quoi la rive serait arrachée à la première rafale. Si on construit plus épais cet amas de mortier, la lame d’air qui glisse sur le toit est projetée un peu plus loin. Une maçonnerie solide à cet endroit permet d’agrandir la zone abritée du vent devant la façade Sud du bâtiment.

Les habitants de Camargue utilisèrent la forme la plus efficace pour créer une zone, au sol, qui ne subisse pas les remous du vent. Dans ces climats où les cieux sont transparents et lumineux, vivre dehors est si agréable !

On ne trouve cette forme très particulière d’habitat qu’en Camargue. Plus au Nord, dans la vallée du Rhône, les données climatiques ne sont pas exactement les mêmes. Plus on s’éloigne de l’effet tempérant dû à la masse thermique de la Méditerranée et plus les maisons se font hautes et étroites.  Les mestres ont donc mis en œuvre d’autres solutions.

La façade Sud s’élevait haute pour capter le rayonnement solaire d’été. La façade Nord avait donc les mêmes proportions. Certains firent descendre des toits très bas pour que le Mistral glisse dessus. Mais ces celliers étaient précédés d’une fenêtre. Le Mistral s’y serait engouffré de toute sa violence si les habitants n’avaient compris comment fonctionnaient ses remous.

 

Les celliers des mas provençaux étaient considérés comme des zones de stockage. On s’y déplaçait, on y était en mouvement : on n’allait pas à la cave pour se prélasser ni pour y effectuer un travail précis. Le besoin d’éclairage était donc limité, dans cette pièce. Une petite fenêtre suffisait. Elle se trouvait nécessairement orientée au Nord, vers le Mistral.

Il aurait fallu qu’un volume d’air suffisant puisse s’engouffrer par cette ouverture pour assurer les courants d’air nécessaires à la vie dans la pièce principale.  Il aurait aussi fallu que les violentes rafales du Mistral soient empêchées d’y pénétrer. En d’autres termes, les Mestres provençaux devaient trouver un moyen de laisser passer les souffles agréables mais pas les bourrasques. Ils utilisèrent différentes solutions jusqu’à n’en retenir qu’une, la meilleure. Ils la reproduisirent à l’envie durant des siècles, inchangée. Il suffisait que l’ouverture de la fenêtre soit moins large qu’elle n’était profonde dans le mur.

Puisque les murs mesuraient une bonne cinquantaine de centimètres d’épaisseur et puisque le cadre d’une fenêtre représentait cinq bons centimètres, l’ouverture ne pouvait dépasser 45 cm. Cela supposait que ladite fenêtre se trouve à l’extrémité, c'est-à-dire au droit du mur intérieur.

Etant donné l’épaisseur des cadres, la partie vitrée ne dépassait donc jamais 35 cm de large.

On remarque aussi que lorsque les arbres qui protégeaient le Nord des vieux bâtiments avaient dus être abattus, l’ouverture desdites fenêtres avait été rétrécie.

Pourquoi ces fenêtres étroites se moquent-elles des violences d’Eole ?

A chaque bord de la fenêtre arrive des remous générés par les lames d’air qui se sont écrasées sur le mur Nord du bâtiment. Plus le Mistral souffle fort, plus ces remous sont importants. Les logiciels aérauliques montrent que dès que le souffle dépasse 50 km/h (une quinzaine de m/s), les turbulences finissent par couvrir l’ouverture.

La vitre ne reçoit donc le vent que s’il est peu violent. Si le Mistral se fâche et lâche ses rafales assassines, alors il ne touche jamais la partie vitrée.

Les Mestres n’avaient évidemment aucune notion de mécanique des fluides. Ils avaient certainement tâtonné pendant des siècles. L’empirisme de leurs recherches avait néanmoins abouti à une solution élégante. Ils la testèrent durant quelques générations. Une fois le savoir-faire établi ils concoctèrent un dicton facile à retenir : « moins large que profonde ».

L’effet cliquet continuait à faire avancer la bioclimatique.

Les provençaux de la campagne vivaient surtout à l’extérieur. Lorsqu’ils travaillaient dans des cours, ils aimaient que celles-ci soient protégées du Mistral. Ils ont développé différentes solutions en ce sens. Le plus souvent, il s’agissait d’arbres au feuillage persistant sous lesquels ils faisaient pousser des buissons drus. Ce qui suppose qu’il s’agisse d’arbres quinn’empêchaient pas la pousse de plantes sous leurs frondaisons (chênes verts).

 

Dans la plaine, près d’Orange, le vent souffle particulièrement fort. Devant un chais, là où on manoeuvrait les bariques de vin, nos anciens avaient construits un mur percé sur près de quatre mètres de haut.

 

Les ouvertures en sont nettement plus larges que profondes. Elles laissent donc passer le vent malgré les turbulences. Mais plus les rafales sont violentes, plus le filet d’air qui travers chaque trou devient fin.

Au dos du mur, un fin filet de vent trouve une zone calme, il se dilate donc il freine (par le mécanisme exactement opposé à celui de l’effet Venturi). Ce souffle lent est tout à fait acceptable pour un travailleur en mouvement, il ne lui cause aucune gêne. Cette masse d’air, lente, occupe le dos du mur, il n’y a donc pas là de basses pressions propices à attirer des turbulences qui viendraient de la lame d’air accélérée au haut du mur.Il en résulte que sur vignt mètres, soit 5 fois la hauteur du mur, l’endroit est suffisamment abrité du vent pour que la flamme d’un briquet vacille à peine.

Les villages eux-mêmes, protégeaient leurs habitants du vent. Pour ce faire, les rues étaient tortueuses et ne s’alignaient jamais selon l’axe Nord-Sud. Le Mistral ne pouvait y accélérer. Sur la carte ci-dessous, on remarque immédiatement le tracé des anciens remparts d’Avignon : les rues qui les ont remplacés sont les seules qui soient dans un axe propice au Mistral.

 

Le vélum que formait l’ensemble des toits d’un village est toujours arrondi et de faible pente. Seules les églises en dépassent.

Toutes les maisons sont protégées des courants d’air qui pourraient soulever la poussière du sol par une marche.  Les maisons fortunées et les églises arborent une marche d’entrée précédée d’une lèvre qui, lorsque le vent souffle, provoque un remous qui plaque la poussière au sol.

De nombreux détails constructifs de Provence montrent cette attention particulière que les anciens attachaient aux désagréments causés par ce fléau de Provence : le Mistral.

 

Naviguer

Catégories

Suivez-nous

Tous droits réservés RENOUVEAU THERMIQUE © 2011 - Mentions légales - Réalisation : Agence Anonymes - Développement & hébergement de site : Intrasite Développement